Colloque « Hybridations textes et images »

J’interviens vendredi 13 mai dans le colloque Hybridations textes et images, organisé par le laboratoire Intru, à l’université François Rabelais de Tours. Ce colloque se déroule du 11 au 13 mai et promet d’être très riche. Y participeront notamment Marc-Antoine Mathieu, Thierry Smolderen, Thierry Groensteen, Pierre Fresnault-Deruelle ou encore Benoît Berthou.

Programme complet sur le site du labo Intru.
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Résumé de mon intervention:

La bande dessinée numérique,
si loin et si proche de la bande dessinée.
Figures et tensions d’un médium hybride.

Réduisant tout contenu à un même et unique matériau, des 0 et des 1, « La technologie numérique […] favorise fortement l’hybridation non seulement entre les constituants de l’image (ou du son), mais aussi entre les pratiques artistiques (arts graphiques, photographiques, cinématographiques, vidéographiques, arts du son, arts du texte, arts du corps, etc.) » [Hillaire et Couchot, L’art numérique: comment la technologie vient au monde de l’art]

On dit de la bande dessinée qu’elle est particulièrement apte à être ainsi absorbée et devenir objet d’hybridation numérique, car elle est « composite par nature, elle utilise prioritairement l’image fixe et le texte écrit, comme le font aujourd’hui le CD-Rom et les Réseaux. » [Peeters et Schuiten, L’Aventure des images, de la bande dessinée au multimédia] Pourtant, faute de créations originales et parce que celles-ci sont la plupart du temps pensées en vue d’une publication papier (exemple des blogs-bd, mais aussi de la série Bludzee de Lewis Trondheim, destinée à l’album après une première diffusion sur iPhone et Internet), les outils numériques ne sont utilisés que comme support de lecture et de navigation pour des planches qui fonctionnent aussi bien sur écran que sur papier. Le processus d’hybridation, au sens de Couchot et Hillaire, n’a pas réellement lieu. Si l’hybridation suppose un effacement plus ou moins partiel des frontières entre les arts et les média, la bande dessinée numérique telle qu’on nous la présente majoritairement aujourd’hui reste circonscrite dans le champ de la bande dessinée, et identifiable comme telle. Or, s’il est poussé dans ces retranchements, un médium absorbé par le numérique n’est plus tout-à-fait le médium d’origine, il est en quelque sorte « contaminé ». Empruntant nos mots à Couchot et Hillaire, nous pouvons dire que poussée à ses extrêmes, la bande dessinée numérique n’est plus exactement de la bande dessinée, et l’est encore moins quand elle devient interactive.

Ces affirmations, bien que nous les approuvions, nous semblent incomplètes. Aussi nous formulons une hypothèse qu’il nous appartiendra de confirmer ou d’invalider lors de cette communication. Plus la bande dessinée s’hybride (avec d’autres média ou avec des « propriétés » du numérique telle que l’interactivité) et devient méconnaissable, plus elle devient bande dessinée numérique. Mais il nous semble également que, paradoxalement, elle se renforce en tant que bande dessinée en en soulignant les spécificités, seule condition pour qu’elle ne franchisse pas définitivement la frontière qui la ferait devenir film d’animation ou autre jeu vidéo. Autrement dit, la bande dessinée numérique n’existerait que dans l’écart qu’elle creuse avec la bande dessinée, tout en réaffirmant fortement ce qu’elle conserve de celle-ci.

Nous tenterons de mettre ces tensions en évidence à travers l’étude de différentes figures d’hybridation dans la bande dessinée numérique (animation, son, interactivité, etc.) dans un corpus d’œuvres qui jouent avec les frontières. Nous verrons également comment cet état de tension produit de la poésie. Un premier exemple pourrait être Turnaround, de Céline Keller, présenté comme un film d’animation, mais qui relève bien plus d’un genre hybride entre ce dernier et la bande dessinée.

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